Entrevue avec Michel Drucker (Québec)


Jeudi 16 décembre 2004

Le 16 décembre 2004, Michel Drucker s'est rendu à Montréal, chez Céline Dion, pour célébrer ses 40 ans de carrière ainsi que leur 20 ans d'amitié.

Michel Drucker:
Noël 1964, j'ai 22 ans… Je hante, depuis déjà plusieurs mois, les studios de la mythique rue Cognacq-Jay, disponible 24 heures sur 24, proposant mes services aux monstres sacrés de l'époque que sont Léon Zitrone, Roger Couderc, Robert Chapatte, Georges de Caunes… Distribuant le courrier des uns, portant le café des autres, découpant les dépêches d'agences la nuit, à l'affût de la moindre opportunité pour me faire connaître… C'était il y a quarante ans jour pour jour. Quatre décennies durant lesquelles j'ai souvent repensé au gamin que j'étais. Tétanisé devant les caméras dans la France des années 60, qui ne comptait que quatre millions et demi de postes de télévision, et soucieux déjà de m'inscrire dans la durée.

Décembre 2004, je suis dans l'avion qui m'amène à Montréal… J'ai rendez-vous avec l'artiste dont la rencontre restera comme l'un des souvenirs les plus marquants de ces quarante années. C'était en janvier 1984 : déjà étonné d'être encore là après vingt ans de télévision, je présentai une adolescente de 15 ans venue du Québec, où elle avait déjà connu quelques succès prometteurs. Vingt ans se sont donc écoulés depuis sa première apparition dans mon émission « Champs-Elysées », devant plusieurs millions de téléspectateurs émus par sa voix déjà exceptionnelle et sa timidité de jeune fille mal dans sa peau…

C'est chez Céline Dion, dans sa résidence de l'île Gagnon à Laval, près de Montréal, qu'elle et moi avons décidé de célébrer, le temps d'une soirée, ce double anniversaire : mes quarante ans de télévision et nos vingt ans d'amitié indéfectible. L'occasion d'évoquer nos souvenirs professionnels, mais aussi la télévision, qui aura été la grande aventure de notre vie. Car c'est la télévision, en France d'abord, plus tard aux Etats-Unis et dans le reste du monde, qui a fait connaître cette artiste qui aujourd'hui a vendu 180 millions d'albums. Un succès exceptionnel puisqu'elle est la première femme ayant atteint ce chiffre record… à 36 ans seulement.

Michel Drucker. Quelle réflexion t'inspirent ces photos que j'ai gardées de tes débuts sur le plateau de “Champs-Elysées” ?
Céline Dion. Je me souviens du costume comme si c'était hier. Ce pantalon de velours noir, cette petite veste à carreaux et ce nœud papillon avaient été pour ma mère, Thérèse, l'objet de toutes les attentions. René, qui était mon manager depuis trois ans, savait que cette émission allait être déterminante. Avant moi, une génération de Québécois était passée devant tes caméras, de Diane Dufresne à Robert Charlebois. J'étais tétanisée, et quand je revois cette photo, je mesure tout le chemin parcouru.
M.D. Te souviens-tu de ce qui s'est passé après l'émission ?
C.D. Je me revois marcher dans la rue avec toi. Non loin se trouvaient René, ma mère, mon parolier, Eddy Marnay, et Mia Dumont, qui est toujours mon attachée de presse et mon amie. Quatre personnes qui ont creusé les fondations de ma carrière, et à qui je dois tout.
M.D. Avais-tu conscience que la télévision jouerait un rôle aussi essentiel dans ta vie ?
C.D. J'ai su tout ça plus tard car, en 1984, je n'étais qu'une adolescente un peu mal à l'aise, qui ne se rendait absolument pas compte de ce qui lui arrivait. La France était pour moi l'Amérique, et comme tous les chanteurs québécois je voulais avant tout séduire ce pays dont nous avons hérité la langue.
M.D. La télévision a continué à te porter bonheur ... tu lui dois aussi tes débuts aux Etats-Unis.
C.D. Effectivement, ce que les Français ne savent pas, c'est que c'est un autre talk-show, le “Johnny Carson Show”, qui m'a lancée aux Etats-Unis dix ans plus tard. La chanson du film “Personnel et confidentiel”, avec Robert Redford et Michelle Pfeiffer, dont j'avais été l'interprète, avait déjà beaucoup de succès, mais les Américains ne me connaissaient pas vraiment. Ces passages m'ont fait connaître en un soir.
M.D. Comment t'es-tu préparée à ces premiers passages télé aux Etats-Unis ?
C.D. Il faut d'abord préciser que lorsque René et moi avons décidé, quelques années auparavant, de tenter notre chance aux Etats-Unis, j'ai suivi des cours d'anglais intensifs à raison de huit heures par jour pendant six mois. Quand je suis arrivée à Los Angeles, je parlais et je chantais l'anglais comme une Américaine. J'ai donc tout de suite été à l'aise sur les plateaux.
M.D. En 1996, dans le stade olympique d'Atlanta, tu vas cette fois devenir une vedette planétaire en quatre minutes…
C.D. Ce passage dans le stade olympique lors de la cérémonie d'ouverture des Jeux restera pour moi le souvenir le plus fort de ces vingt dernières années. Le comité olympique souhaitait que ce soit une Américaine qui interprète la chanson d'ouverture ,“The Power of The Dream”, et c'est grâce à l'intervention de Bill Clinton, qui aimait ma voix, que j'ai finalement été choisie. Un stade plein, trois milliards de téléspectateurs, un orchestre de cent musiciens et des dizaines de choristes : tu imagines l'enjeu pour moi ! Pendant la répétition, déjà, j'ai senti la pression monter. Ce passage-là m'a bien facilité les choses quand j'ai commencé à sillonner le reste de la planète.
M.D. Parle-moi maintenant de l'histoire de la chanson du film “Titanic”, “My Heart Will Go On”, qui reste jusqu'à ce jour ton plus grand succès dans le monde…
C.D. C'est une étrange histoire… James Cameron tournait depuis déjà des mois et des mois “Titanic”, et les rumeurs les plus alarmantes couraient à Hollywood quant à sa capacité à terminer le film. Budget dépassé, tournage interrompu… C'est dans ce climat d'incertitude que le compositeur James Horner, déjà auteur de grands succès en Amérique, m'a proposé d'enregistrer la chanson du film, démentant toutes les rumeurs concernant l'une des plus grandes aventures de l'histoire du cinéma. Après qu'il m'eut fredonné la mélodie au piano, j'ai fait signe à René Angelil que je n'étais pas très enthousiaste. James Horner eut alors l'intelligence de me raconter, avec beaucoup d'émotion, la tragédie du “Titanic”, qui avait sombré en 1912 dans des circonstances particulièrement dramatiques. Il se mit une dernière fois au piano et j'ai enregistré d'une seule traite la chanson. Et ce que je peux vous avouer aujourd'hui, c'est que c'est la voix de la maquette qui figure sur le disque définitif et au générique du film. Je le répète : je n'ai fait qu'une prise, l'orchestre philharmonique et les arrangements qui vont avec ont été ajoutés après… Voilà à quoi tient un succès international !
M.D. Revenons à ta vie d'aujourd'hui, à Las Vegas…
C.D. J'y suis depuis deux ans, et je vais y rester encore deux ans car j'ai signé pour une année supplémentaire. Je chante cinq jours par semaine pendant quatre-vingt-dix minutes. Ma vie est parfaitement réglée : trois quarts d'heure après le show, je retrouve mon fils, René-Charles, ma priorité. Je suis sereine, et je peux vous annoncer que j'ai bien l'intention de donner à mon fils un frère ou une sœur dans les quatre ans qui viennent.
M.D. Parle-moi de ton fiston qui est, paraît-il, un couche-tard.
C.D. Le mot est faible ! J'ai en effet un petit garçon qui ne se couche pas avant 2 heures du matin et qui se lève à 2 heures de l'après-midi. J'appréhende l'année prochaine, quand il va devoir se plier aux horaires de l'école. Pour l'instant, il est le seul enfant qui couche ses parents avant d'aller dormir ! Puisque tu me parles de mon fils, je voudrais te dire un mot de son père pour te signaler que, ce soir, ce n'est pas seulement un double anniversaire que nous fêtons, mais un triple car René et moi célébrons nos dix ans de mariage. Dix ans déjà… Tout n'a pas été rose au cours de ces années : René a souffert d'un cancer et j'ai perdu mon père. Comme dans toutes les familles, nous avons nos joies et nos peines. Mais je n'ai jamais arrêté de chanter, parce que, pour nous, les artistes, c'est la meilleure façon de supporter notre chagrin. J'ai appris la mort de mon père trois heures avant d'entrer en scène. J'ai chanté les trois premières chansons de mon show des sanglots dans la voix, avant d'expliquer à mon public que cette représentation n'était pas une spectacle comme les autres.
M.D. Quand viens-tu me voir à Paris ?
C.D. Bien que très loin de l'Europe, je n'oublie jamais la France, qui m'a donné ma première chance. Je viendrai probablement en 2005, à l'occasion de la sortie d'une compilation de mes grands succès français. En attendant de te retrouver à Paris, je souhaite au public français un joyeux Noël et une bonne année…

Céline Dion portait une création par Dolce & Gabbana.


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