Le mercredi 01 novembre 2006

Céline Dion: quand le succès populaire dérange

Radio-Canada.ca



 
Céline Dion, dans sa loge, à Las Vegas
Il y a 25 ans, la chanteuse québécoise Céline Dion faisait ses débuts. Qui aurait cru que cette jeune fille de 12 ans irait si loin? Aujourd’hui, elle est une des grandes vedettes du monde. La superstar a vendu 150 millions de disques. Peu d’artistes peuvent se vanter d’en avoir fait autant.

Malgré cet immense succès, Céline Dion est boudée par la plupart des critiques québécois. D’où vient ce décalage? Une équipe d’Enjeux a fouillé la question, tout en nous racontant la légende de Céline Dion. Le reportage présente des entrevues exclusives avec la chanteuse et avec son mari-imprésario, René Angélil, des témoignages de personnalités qui ont côtoyé le célèbre couple, des documents d’archives et les opinions de plusieurs critiques québécois.

Une planète à conquérir

En 1981, Céline Dion, alors âgée de 12 ans, fait la rencontre de l’imprésario René Angélil. L’homme, au bord de la faillite, décide de tout miser sur elle. Il deviendra son gérant et, plus tard, son mari. Il convainc son ami, le grand compositeur français Eddy Marnay, d’écrire des chansons pour la jeune Québécoise. La carrière internationale de Céline Dion prend son envol grâce au succès de son premier disque en France, D’amour ou d’amitiés. Dès 1983, elle fait la première partie d’un spectacle de Patrick Sébastien à l’Olympia.

Luc Plamondon
Vedette en France, Céline Dion obtient la gloire au Québec et les prix se succèdent. René Angélil joue alors le tout pour le tout et retire Céline Dion de la scène publique pendant plus d’un an. Il lui fait apprendre l’anglais et lui trouve un nouvel auteur, Luc Plamondon. C’est une jeune femme avec un répertoire plus moderne qui revient sur scène.

La prochaine conquête: le marché anglophone. Céline Dion obtient l’appui d’un grand producteur de disques d’Hollywood, David Foster. Ce dernier l’a vue en spectacle au Québec et il raconte, dans ce reportage, qu’il s’est demandé, en écoutant Céline Dion, s’il était le seul à voir là la prochaine grande chanteuse du monde : « J’étais impressionné par cette voix incroyable ».

David Foster
Grâce au réalisateur américain, le budget pour la production du premier disque en anglais de Céline Dion est illimité. Ce disque sort en avril 1990. Dans les années qui suivent, elle devient une des plus grandes chanteuses du monde. Elle récolte les plus grands honneurs aux États-Unis, et elle fracasse tous les records de vente, dont celui du disque de langue française le plus vendu de l’histoire. Un disque réalisé en 1995 par Jean-Jacques Goldman.

Pour l’animateur français Michel Drucker, quiconque voyage un peu dans le monde réalise vite que Céline Dion est la plus grande ambassadrice du Québec, et qu’elle a fait plus pour cette province que bien des politiques.

Écorchée par les critiques québécois

Sylvain Cormier
Au Québec, l’intelligentsia culturelle a toujours fait la fine bouche devant Céline Dion. En 1998, Sylvain Cormier, chroniqueur au Devoir, a écrit qu’il avait honte d’être Québécois, après avoir vu un spectacle de la chanteuse. Encore aujourd’hui, il persiste et signe, malgré le succès planétaire de la chanteuse: « Un nombre énorme de personnes mangent chez McDonald's ou vont chez Wal-Mart. Ça ne veut pas dire qu’ils ont bon goût ou qu’ils possèdent la vérité. Ils ont le nombre. »

Nathalie Petrowski, chroniqueuse à La Presse, se demande pourquoi les critiques québécois n’auraient pas le droit de détester Céline Dion. « Parce qu’elle est Québécoise et qu’elle a réussi? », ajoute-t-elle.

Le parolier Luc Plamondon se souvient qu’un animateur de Radio-Canada, René Homier-Roy, lui a déjà demandé s’il n’avait pas honte d’écrire pour Céline Dion, lui qui avait déjà composé pour de grandes chanteuses comme Monique Leyrac, Barbara et Diane Dufrresne. Depuis, René Homier-Roy a radouci le ton: « Ce que Céline Dion faisait à cette époque-là, c’était pour plaire au plus grand nombre. C’était normal de la trouver un peu quétaine, un peu mince. Ce qui n’est pas normal, c'est, qu'avec le temps, nous ne nous sommes pas ralliés, nous n’avons pas admis que le temps a passé, que le talent s’est épanoui et qu’elle est vraiment devenue quelqu’un de formidable ».

René Angélil
Dans ce reportage, l’imprésario et mari de Céline Dion, René Angélil, avoue qu’il est plus sensible aux critiques du milieu culturel québécois qu’à celles des chroniqueurs d’ailleurs: « Ce qu’ils écrivent à Londres, à Chicago ou à New York me passe 100 pieds par-dessus la tête, mais ce qui s’écrit au Québec, ça me touche directement. »

Et Céline Dion dans tout cela? Il lui reste un an de spectacles à Las Vegas. Elle veut faire un disque en anglais et un autre en français. La chanteuse aimerait aussi partir en tournée avec son fils. Que représentent, pour elle, ces 25 ans de carrière? Céline Dion: « Est-ce qu’on a eu une vie? Ça a été beaucoup de sacrifices, beaucoup de discipline, beaucoup de travail. J’ai eu une équipe extraordinaire. J’ai surtout eu René. Un cœur immense, une tête incroyable avec une sensibilité immense. Et, 25 ans plus tard, je suis bien, très bien même. »

Note: ce reportage n’est pas disponible sur Internet pour des questions de droits.

Journaliste: Alain Gravel
Recherchistes: Marie-Claude Pednault et Brigitte Guibert
Réalisateur: Georges Amar




Source: http://www.radio-canada.ca/actualite/v2/enjeux/niveau2_12252.shtml#